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L'espace des blogueurs

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Voyage aux pays du coton.

   Ce livre d’Eric Orsenna est à la fois un récit de voyage sensible autour du monde et une analyse économique fouillée du marché international du coton.

 Mais c’est aussi un hymne aux travailleurs laborieux des champs, aux ouvriers des usines, aux mille et unes petites mains qui s’activent parfois misérablement pour que les plus riches bénéficient de la douceur du coton. C’est sur ces coulisses d’un marché mondialisé sans pitié que s’achève le livre. Hommage appuyé, triste réalité dénoncée, tels sont les propos d’une conclusion en demi teinte cachant mal la satisfaction d’un voyage réussi à laquelle s’oppose le malaise d’impuissance face à cet ordre mondial trop établi, trop puissant pour être contraint et régulé et dont l’incessante avancée laisse les plus faibles sur le bord du chemin de la modernité, de l’opulence et du mieux vivre  :

 « Qu’il plante, désherbe ou récolte, le paysan du coton n’a pas la vie facile. Dans beaucoup de pays, l’aide de machines lui est refusée. Longues, si longues sont les journées dans les champs. Et meurtriers pour les doigts ces gestes mille fois répétés d’arracher le coton blanc à la coque de feuilles séchées, donc coupantes. Et innombrables les enfants enrôlés de gré ou de force dans ces très épuisants labeurs.

Qu’ils égrènent, tissent, filent ou confectionnent, l’ouvrier, l’ouvrière du coton n’ont pas un meilleur destin. D’année en année, les cadences s’accélèrent sans que progressent vraiment les salaires. Et pourtant, chaque année, des millions et des millions de candidats accourent de partout pour se mettre au service du coton. Il faut croire que, dans d’autres secteurs, l’existence est plus pénible encore.

Je me souviens du début, tout début de l’histoire : “Un homme qui passe remarque un arbuste dont les branches se terminent par des flocons blancs. On peut imaginer qu’il approche la main. L’espèce humaine vient de faire connaissance avec la douceur du coton. ”

Deux mille ans plus tard, la première leçon d’un tour du monde est celle-ci : sur terre, la douceur est une denrée rare, et chèrement payée. »

 Ni l’ambiance feutrée du roman, ni la rondeur du style ne parviennent à dissimuler totalement l'éternelle lutte inégale que l’ordre mondial impose aux petites gens. L’amertume du constat contraste ainsi avec la douceur de l’écriture. La finesse et l'intelligence du discours, la simplicité apparente font de ce Voyage aux pays du coton un ouvrage dont les férus d'économie, les amoureux de belles lettres et les globe-trotters s’emparent avec bonheur.

 « Voyage au pays du coton » initialement édité par Fayard vient de paraître au Livre de Poche. 6,5 € seulement.

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